BUDGET DÉFENSE : Quand Florence PARLY était d'accord avec le général Pierre de VILLILERS. LIBRE OPINION de Michel CABIROL.

Posté le mardi 25 juillet 2017
BUDGET DÉFENSE :  Quand Florence PARLY était d'accord avec le général Pierre de VILLILERS. LIBRE OPINION de Michel CABIROL.

« Notre niveau d'engagement actuel est supérieur de 30 % aux contrats opérationnels prévus dans la loi de programmation militaire. Autrement dit, entre les moyens budgétaires associés à la loi de programmation militaire et le niveau d'engagement des forces, le décalage est de 30 % », expliquait début juillet la ministre des Armées, Florence Parly.


Dans son audition début juillet à l'Assemblée nationale, Florence Parly marchait bel et bien dans les pas du général Pierre de Villiers. Mais Matignon et l'Elysée ont exigé des restrictions budgétaires pour 2017 et imposé le silence dans les rangs...

Début juillet, la nouvelle ministre des Armées Florence Parly était encore sur la même longueur d'onde que le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, qui depuis a démissionné... « J'ai bien connaissance du chiffre que le chef d'état-major des armées a rappelé comme cible : il a raison de considérer qu'il faut trouver les financements pour les OPEX (opérations extérieures, ndlr) et, en même temps, assurer la régénération de l'équipement des armées. Nous ne sommes pas en désaccord sur ce point », avait-elle ainsi expliqué le 6 juillet lors de son audition devant les députés de la commission de la défense. Pour 2018, le chef d'état-major des armées d'alors réclamait trois milliards d'euros supplémentaires, dont un milliard, pour les OPEX, selon le député Joaquim Pueyo.

Des propos tenus avant les arbitrages de Matignon et de l'Elysée sur le budget de la défense de 2017 et, donc, avant le déclenchement de la crise entre Emmanuel Macron et le général Pierre de Villiers... La ministre des Armées avait alors bien conscience des difficultés financières et donc opérationnelles des armées notamment s'agissant des OPEX où la France fait preuve d'un "engagement, remarquable", qui "n'est pas sans conséquences", avait-elle fait valoir. Et de rappeler que le « niveau d'engagement actuel est supérieur de 30 % aux contrats opérationnels prévus dans la loi de programmation militaire. Autrement dit, entre les moyens budgétaires associés à la loi de programmation militaire et le niveau d'engagement des forces, le décalage est de 30 %... » Un regard lucide et en harmonie avec le général Pierre de Villiers. Mais Emmanuel Macron a exigé le silence dans les rangs.

« C'est dire à quel point les hommes, les femmes et les matériels ont été sollicités, expliquait la ministre. Cette utilisation intensive de nos forces fragilise le capital opérationnel et humain de notre modèle d'armée. Des vulnérabilités apparaissent, qui peuvent d'ores et déjà conduire à des pertes d'aptitudes opérationnelles : nos ravitailleurs aériens ont un âge moyen de cinquante et un ans, 60 % des véhicules blindés ne sont pas au niveau de protection nécessaire ; quant à nos pétroliers ravitailleurs, ils ne respectent pas la réglementation en matière de protection de l'environnement, puisqu'ils sont équipés d'une coque simple et non de la double coque obligatoire. Nos armées souffrent également d'un manque de personnels dans de nombreux secteurs, comme le renseignement, la cybersécurité ou la maintenance des équipements. D'un point de vue matériel, les ressources consacrées à l'entretien programmé du matériel ont été, certes, augmentées par mes prédécesseurs, mais elles restent insuffisantes".

"Des arguments très solides" pour gagner les arbitrages

Sur le budget 2017, Florence Parly avait alors bon espoir de se faire encore entendre. "Dans nos discussions avec le Premier ministre et son cabinet, nous faisons valoir des arguments très solides, très sérieux car fondés sur des réalités. Nous verrons bien, dans les jours qui viennent, si nous aurons été entendus. Quoi qu'il advienne, je puis vous assurer que nous sommes pleinement engagés pour protéger au mieux les moyens prévus pour 2017, car nous avons parfaitement conscience que les années 2017 et 2018 se tiennent : diminuer les moyens décidés pour 2017 rendra d'autant plus difficile le financement de ceux de l'année 2018. Il faut de surcroît être réaliste : les conditions d'arbitrage pour le budget de 2018 ne seront pas très faciles non plus..."
Raté, Matignon et l'Elysée ont finalement amputé le budget de la défense de près de 900 millions d'euros pour 2017 même si Florence Parly a réussi à dégeler 1,2 milliard de crédits budgétaires sur 1,85 milliard.

Par ailleurs, la ministre avait également "l'espoir" dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire, de "mettre en cohérence ce modèle d'utilisation intense de nos forces avec les moyens qui leur sont nécessaires. En tout état de cause, ce sera le premier axe de ma feuille de route : donner les moyens de la réussite à nos forces armées". Elle rappelait également que le président de la République avait réaffirmé son engagement de porter, à l'horizon 2025, les dépenses militaires à 2 % du PIB (contre 1,77% en 2017 avec pensions soit 1,5% sans les pensions - note en rouge de l’ASAF). "Cet effort s'entend hors pensions et hors OPEX, soit 50 milliards d'euros à périmètre constant", avait-elle précisé. Et selon elle, il n'est pas question d'y intégrer les Anciens combattants et autres missions, qui, "si elles participent au paysage général, n'ont jamais fait partie du périmètre de comptabilisation de l'effort de défense".

« Il faut savoir que depuis dix ans, les moyens du ministère des Armées ont été particulièrement réduits, dans un contexte sécuritaire qui s'est pourtant durci depuis 2014. Le ministère a fortement contribué aux économies de dépenses publiques depuis 2006. Ainsi, entre 2000 et 2016, les crédits de la défense ont connu une quasi-stagnation en euros courants puisqu'ils n'ont progressé que de 2 % alors que, sur la même période, les dépenses publiques ont augmenté de 32 % et celles de l'État de 15 %. Et pour ce qui est des effectifs, depuis 2006, le ministère a perdu 65 000 personnels, soit 20 % du total ».

Enfin, elle faisait valoir que « plusieurs pays voisins éprouvent la plus grande difficulté à retrouver une armée assez solide pour assurer ses missions : c'est le cas du Royaume-Uni dont les forces peinent à se régénérer depuis leurs interventions en Irak et en Afghanistan. Nous ne pouvons prendre le risque de voir notre armée incapable d'agir par manque de moyens ». Avec 850 millions d'euros en moins dans le budget 2017, le président de la République a pris ce risque...

 

Michel CABIROL


Pour lire l'audition dans son intégralité, cliquez sur le PDF ci-dessus.
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Source : La Tribune

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