
photo ministère des Armées
L’exercice Diodore 25 a été clos le 28 mars. Plus de 1 500 militaires étaient déployés dans les camps de Champagne depuis le 3 mars. Organisé et conduit par le Commandement des actions dans la profondeur et le renseignement (CAPR), il a mis en œuvre pour la première fois la Task Force Deep, intervenant loin dans les lignes arrières de l’ennemi.
Le CAPR
Le CAPR est un commandement créé en 2024 et installé à Strasbourg. Il est dédié à l’action dans la profondeur et au renseignement. Sa zone d’intérêt et son action se situent dans la profondeur tactico-opérative (30-500km) du champ de bataille.
Commandement de niveau divisionnaire, le CAPR est organisé autour d’un état-major et du centre de renseignement Terre (CRT). Il assure le commandement et le contrôle des brigades spécialisées en aérocombat, artillerie et renseignement/cyber, avec l’objectif d’agir dès avant le contact, dans la profondeur du dispositif adverse puis de frapper au-delà des 50 km de la ligne de front, jusqu’à 500 km, pour perturber les appuis ennemis (logistique, feux, commandement) et façonner le champ de bataille en prélude à l’engagement des forces interarmes.
Il regroupe trois brigades : 4e brigade d’aérocombat (4e BAC) basée à Clermont-Ferrand , 19e brigade d’artillerie (19e B.ART) dont le PC est au camp de La Valbonne dans l’Ain, et brigade de renseignement et de cyber électronique (BRCE) basée à Strasbourg.
Le CAPR a quatre missions majeures :
- Organiser en permanence et animer le cycle du renseignement au profit de l’armée de Terre pour préparer le temps de l’engagement ;
- Assurer la préparation opérationnelle des outils de l’action dans la profondeur au niveau corps d’armée et division dans un contexte de haute intensité: à cet effet entraîner les boucles artillerie – renseignement; raccourcir les délais désignation et frappe des objectifs à haute valeur; et préparer l’intégration des unités interarmes engagées dans la profondeur (4e BAC, 11e BP, unités alliées, etc. )
- Livrer aux divisions et au corps d’armée les postes de commandements et les unités du CAPR pour leurs opérations et pour leur entraînement.*
- Contribuer à toutes les études capacitaires visant à obtenir le façonnage tactique de l’ennemi: emploi des unités tactiques, équipements spécifiques de court terme, procédures, etc.
LA 4ème BRIGADE D’AEROCOMBAT(4e BAC)

photo ministère des Armées
La 4ème BAC, créée en 2016, est basée à Clermont-Ferrand. Grande unité d’hélicoptères à vocation interarmes, la 4e BAC commande trois des quatre régiments d’hélicoptères de combat français, la 4e compagnie de commandement et de transmissions d’aérocombat et le 9ème régiment decsoutien aéromoibile. Ses effectifs sont de 3 000 militaires. Elle met en oeuvre environ 150 hélicoptères.
Le COMALAT ‘ (commandement de l’aviation légère de l’armée de terre) est en train de délocaliser à Metz ses 150 personnels militaires et civils. Il assure le commandement organique de toutes les unités (hélicoptères, avions de liaison, drones) et des écoles de l’ALAT, veille à la cohérence capacitaire des moyens de l’ALAT et participe aux études d’emploi.
DIODORE 2025
Dans le cadre de l’exercice, le CAPR a été déployé pour la première fois en Task Force Deep en appui des opérations de 1ère division (Besançon).
Diodore 25 marque une étape importante dans la transformation de l’armée de Terre, le renforcement de sa puissance de combat et la capacité à intégrer la manœuvre au contact avec l’action dans la profondeur.
Toutefois il est encore resté au stade d’école d’expérimentation et de test de la validité des concepts et des procédures nationales.
Dans un premier temps, le CAPR a expérimenté le poste de commandement de la TF Deep et testé la coordination entre le PC et les unités des 3 brigades. Dans un deuxième temps, le scénario a permis de mettre en application, en terrain libre, des opérations dans les lignes arrières de l’ennemi.
Pendant un mois, les unités ont mis en œuvre la boucle « renseignement-feux »: autrement dit, la chaîne des actions allant de la concaténation du renseignement à partir des multi capteurs jusqu’au tir sur la cible à haute valeur ajoutée.
Diodore 25 a servi de laboratoire d’innovation tactique et technique car les défis sont nombreux dans la perspective d’un engagement en haute intensité contre des forces symétriques. Parmi ceux-ci :
1/ l’intégration et la coordination de synergies inédites entre des moyens hétérogènes tels que drones, hélicoptères, guerre électronique, roquettes longue portée et équipes d’action en profondeur;
2/ la fluidification de la chaîne détection-décision-destruction pour réduire les délais dans un environnement contesté;
3/ l’amélioration des processus de coordination interarmes avec les unités au contact et interarmées pour la gestion de l’espace aérien.
Lors de Diodore 25, des outils nouveaux ont été expérimentés notamment des procédures nouvelles, des techniques civilo-militaires, ou des logiques de sécurisation des flux d’informations sensibles par hybridation des réseaux.
L’exercice a permis de souligner une fois de plus les trous capacitaires de l’armée de terre: la faiblesse quantitative des lanceurs et munitions de précision à longue portée et des moyens de guerre électronique, trop grande étanchéité entre les milieux terre, air et cyber); et enfin la tension persistante dans le recrutement et la fidélisation des métiers techniques.
L’exercice Diodore est passé largement inaperçu. Il est pourtant une étape majeure dans la montée en puissance du CAPR.
Héritier d’une intuition née dès la création du corps d’armée de Lille et développée de façon artisanale de concert avec l’ARCC britannique, le CAPR apporte aujourd’hui des réponses concrètes à un impératif simple « voir, décider, frapper plus vite » pour conserver la capacité d’anticipation et la liberté d’action dans la profondeur du commandeur et éviter d’être pris de vitesse. Le CAPR avance de façon progressive dans cette direction sans prétendre tout réinventer mais sans tabou.
Selon le mot du CEMAT, le général Pierre Schill, le CAPR illustre le fait que “les dimensions du champ de bataille ne s’arrêtent plus au front.”
GCA (2S) Robert MEILLE
Vice-président de l’ASAF.
02/04/2025