LIBRE OPINION : Le secteur du drone civil dopé et subventionné par l'armée

Posté le lundi 18 août 2014
LIBRE OPINION : Le secteur du drone civil dopé et subventionné par l'armée

 

"Lorsque nous avons lancé notre prototype en 2008, il y avait des opportunités dans le génie civil, sur l’inspection de barrages, mais ça n’a jamais décollé", se rappelle Christian Brunel, fondateur d’Infotron, un fabricant de drones. Alors, quand l’opportunité de travailler avec la Direction générale de l’armement (DGA) s’est présentée, la start-up francilienne n’a pas hésité.

À la clé, un contrat de plusieurs millions d’euros pour développer un drone militaire. "Il a fallu embaucher, s’adapter aux normes, ce fut dur mais on y est arrivé", se souvient-il. Cinq ans plus tard, le bilan est positif : des contrats qui pérennisent la société, de nouveaux projets sont lancés avec la DGA et la PME vient d’être rachetée par un leader du marché de la sécurité militaire.

Le secteur militaire veut rattraper son retard

En 2013, l’Armée, en retard dans l'usage des drones et qui a besoin de l'outil, révèle avoir dépensé près de 10 milliards d’euros d'argent public dans l’industrie et près de 800 millions dans le développement de nouveaux outils comme les drones, ce qui en fait le premier investisseur de l’État. La manne est une aubaine pour les PME du secteur civil, qui y voient l’opportunité de financer leurs recherches, d’autant qu’elles possèdent des arguments pour séduire.

"L’Armée s’intéresse forcément aux PME qui sont réactives et capables de sortir un drone fiable rapidement, traduit Christian Brunel d’Infotron. Par ailleurs, pour des contrats de quelques millions d’euros, les grands groupes ne répondent pas aux appels d’offres de l’Armée."

Laurent Taravella, responsable d’étude à la DGA, confirme : "les PME sont toute désignées pour ces contrats. L’efficacité de nos drones développés avec le secteur civil est désormais reconnue. Nous avons six clients potentiels à l’export pour un mini-drone produit avec Infotron, ça marche bien." Si la DGA peut être amenée à acheter des drones auprès de l'armée américaine, elle commercialise également les drones développés tels qu'ils sont préparés par l'armée. Le même drone est vendu par Infotron sans le système embarqué reposant sur une caméra de pointe. Facture : 100.000 euros.

Le civil s'exporte grâce au militaire

Dans un secteur où les sociétés réalisent jusqu’à 70% de leur chiffre d’affaires à l’export, le partenariat avec la DGA est un argument de vente déterminant. "Travailler avec la DGA, c’est comme posséder un label" poursuit Christian Brunel qui traite aujourd’hui directement avec la Russie, la Thaïlande, le Moyen-Orient et "une majorité de pays qui pour diverses raisons ne souhaitent pas travailler avec les Etats-Unis." Ces clients peuvent à leur tour équiper le drone nu, avec toutefois l'accord de la DGA puisque ces outils sont susceptibles d'avoir une finalité militaire.

Sébastien Benharrosh, co-fondateur du fabricant des drones Delair-Tech, a aussi bénéficié d’un contrat d’un million d’euros pour produire son drone, dont 60% était directement financé par la DGA. Grâce à cette aide, il peut désormais vendre son drone en Afrique, en Asie et en Amérique du sud pour de la surveillance de sites pétroliers ou dans le secteur minier notamment. "Pour autant, nous ne communiquons pas sur nos rapports avec l’Armée, un client qui voit DGA pense militaire, avec tout le fantasme autour du drone armé, parfois il vaut mieux le mettre de côté."

L'État veut faire du drone une filière

Très en avance par rapport à celles des autres pays, la réglementation sur l’utilisation des drones civils définie par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a donné un coup de fouet au secteur. Selon Emmanuel de Maistre, patron de RedBird, acheteur d'équipements auprès de la DGA et président de la Fédération professionnelle du drone civil, avec 650 opérateurs et une cinquantaine de constructeurs, la France compte deux fois plus d’acteurs que son premier concurrent, la Grande-Bretagne. "Un avantage que l’État ne compte pas laisser passer, renforçant ainsi les liens entre le secteur civil et le militaire."

À l’heure des coupes budgétaires dans l’armement, le ministre de l’Économie Arnaud Montebourg va plus loin en validant début juillet une feuille de route qui doit faire du drone une filière industrielle, compétitive à l’exportation et capable de satisfaire la demande croissante des grandes sociétés françaises. "Environ 3.000 drones professionnels civils ont été vendus en 2013 en France, mais 2015 sera une année charnière pour le secteur, les gros marchés arrivent", prévoit Benjamin Benharrosh de Delair-Tech, attendant notamment les contrats de la SNCF et d'EDF.

Kevin PLANCQ Source : Le Nouvel Observateur

 

 

Source : Kevin PLANCQ Source : Le Nouvel Observateur

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