LIBRE OPINION de Laurent LAGNEAU : La modernisation de la dissuasion nucléaire va profiter à l’économie française.

Posté le lundi 19 décembre 2016
LIBRE OPINION de Laurent LAGNEAU : La modernisation de la dissuasion nucléaire va profiter à l’économie française.

À partir de 2020, le budget dédié à la dissuasion nucléaire devra progressivement passer de 3,5 milliards à 6 milliards d’euros d’ici 2025.

Cet effort visera à moderniser les deux composantes de la force de frappe française, avec le développement d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) de troisième génération et du missile M51.3 ainsi que la mise au point du missile de croisière devant succéder à l’ASMP-A et de son vecteur. Il en va de la capacité de la France à rester, selon le général Bruno Maigret, chef de la division « forces nucléaires » de l’État-major des armées, une « politique, économique, technique et militaire. »

Évidemment, un investissement d’une telle ampleur risque de faire quelques vagues… Co-auteur, avec Jacques Lamblin, d’un rapport sur le sujet, le député Jean-Jacques Bridey estime qu’il profitera à la compétitivité de la France et donc, au final, à son économie. « La dissuasion impose la maîtrise de technologies de pointe et la constitution d’une industrie d’excellence, créatrice d’emplois et dont les applications rejaillissent dans le domaine civil », a-t-il en effet valoir lors de l’examen du rapport en commission. Et d’insister : « Le rôle structurant de la dissuasion française pour la constitution d’industries de pointe est connu de tous. Ce constat s’applique bien évidemment au passé, car toute la construction navale et une bonne partie de l’industrie aéronautique et spatiale tirent de la dissuasion leur excellence. »

Effectivement, les apports de la dissuasion sont nombreux. Ainsi, filiale d’Airbus Safran Launchers et spécialiste de l’instrumentation optique, neutronique et spatiale, l’entreprise Sodern a décroché auprès de One-Web, en août, une commande portant sur 1 800 viseurs d’étoiles, un équipement qui, souligne M. Bridey « découle de la dissuasion et des exigences qui ont amené » cette PME « à maîtriser une technologie d’une extrême complexité. » Le député a donné d’autres exemples, comme « la technologie de l’échographie issue des sonars, les hublots d’avions de lignes issus des cockpits du Mirage IV » ou encore « le développement de la filière SOI (silicium sur isolant). »
La dissuasion profite également au secteur des lanceurs spatiaux ainsi que, dans le cadre du programme de simulation, à la filière du calcul à haute performance, avec ATOS-Bull, qui fait la course à l’exascale (un milliard de milliards de calculs par seconde). Et c’est sans parler du Laser mégajoule (LMJ), qui a donné naissance au pôle de compétitivité « Route des lasers » et à l’Institut « Lasers et Plasmas », ce qui ouvre des perspectives de recherches prometteuses dans des domaines aussi variés que l’astrophysique, l’énergie par fusion, l’optique ou la santé. En outre, toujours selon M. Bridey, « la maîtrise technique intrinsèque à [...] la dissuasion nucléaire constitue [...] un facteur d’attractivité pour la France. La réussite des acteurs français à l’export – Dassault Aviation et DCNS notamment – est fondée sur la maîtrise des technologies et des processus industriels de la dissuasion. » Bref, pour le député, la dissuasion « structure ainsi des filières d’excellence, et joue également le rôle de locomotive de la croissance française ».

Et selon lui, « 1 euro investi dans la dissuasion nucléaire génère 20 euros dans l’économie. »… D’où sort ce ratio? Cet ordre de grandeur avait été donné en mai 2014 par Alain Charmeau président exécutif d’Airbus Safran Launchers (ASL), dans le cadre d’une série d’auditions de la commission de la Défense sur la dissuasion nucléaire. « Le Gouvernement considère qu’un euro investi dans le spatial génère vingt euros d’activité », avait-il dit. Le spatial, donc… mais pas la dissuasion. En réalité, il est difficile de dire exactement combien peuvent rapporter, à l’économie en général, les investissements liés à la dissuasion nucléaire.
En février, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, lors d’une visite à la PME Realmeca, spécialiste de l’usinage haute précision, avait estimé qu’ « un seul euro investi dans l’industrie de défense [et non pas spécifiquement dans la dissuasion, ndlr] représente en retombées économiques 2 euros, 3 euros, peut-être davantage. »… Bien loin, donc, des 20 euros avancés par M. Bridey. Sans doute en saura-t-on plus sur son mode de calcul quand le rapport qu’il a co-écrit sera publié.

Son collègue, Jacques Gamblin, s’est gardé de donner un tel ratio. « Le renouvellement des moyens de la dissuasion a également un intérêt économique et industriel, la dissuasion contribuant à la compétitivité de l’économie française, ainsi qu’à l’émergence de champions technologiques et industriels », a-t-il expliqué, comme M. Bridey. Et, a-t-il continué, « s’il est difficile de quantifier les bénéfices économiques qui seront tirés du renouvellement de nos composantes, il est indéniable qu’ils seront importants, et dépasseront à long terme le coût budgétaire du renouvellement. Il y a donc aussi un intérêt économique évident à maintenir la dissuasion et à en renouveler les moyens », a-t-il ajouté. « La dissuasion tire vers le haut sur les plans technique et scientifique, et la production civile améliore la productivité et la compétitivité de la production des armes – pas seulement nucléaires d’ailleurs, pensons aux missiles conventionnels. On peut donc dire qu’il existe une symbiose entre le client nucléaire et le client civil, qui a permis à ces entreprises de croître, de prospérer et de devenir des fleurons de l’industrie mondiale dans les domaines qui sont les leurs », a fait valoir M. Lamblin. Et, a-t-il continué, « si on met en en regard ce résultat – dont on espère qu’il sera suivi d’autres résultats car il n’y a aucune raison que cette dynamique s’arrête – avec les investissements engagés, on constate que, outre la garantie de la sécurité de la Nation, on a développé un champ industriel considérable. » Cependant, ce que rapporte un euro investi dans la défense ne se limite pas seulement aux emplois, à l’exportation des équipements, aux avancées technologiques et aux bénéfices que peut tirer de ces dernières l’industrie civile. En effet, la paix et la sécurité n’ont pas de prix. Et, comme l’a si bien dit Serge Gainsbourg, « le cynisme, c’est connaître le prix de tout, et la valeur de rien! »

 

Laurent LAGNEAU

 

Source : Zone militaire

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