LIBRE OPINION de M. BRIDEY : Recadrage des députés de la commission de la Défense après la démission du général de VILLIERS.

Posté le samedi 29 juillet 2017
LIBRE OPINION de  M. BRIDEY : Recadrage des députés de la commission de la Défense après la démission du général de VILLIERS.

Il aura suffi d’une seule phrase prononcée par le général Pierre de Villiers, alors chef d’état-major des armées (CEMA), lors de sa première audition devant les députés de la commission de la Défense pour mettre le feu aux poudres. Commentant la coupe de 850 millions d’euros dans le budget des armées annoncée la veille, il aurait ainsi affirmé : « Je ne me laisserai pas baiser comme ça! ». Ce qui lui vaudra un recadrage en règle de la part du président Macron devant ses troupes (et les représentants militaires étrangers) lors de la réception donnée à l’Hôtel de Brienne avant le défilé du 14-Juillet. La suite est connue : il finira par démissionner, estimant sans doute que la confiance était brisée.

Seulement, cette phrase de l’ancien CEMA, sortie de son contexte, n’aurait jamais dû franchir les murs de la salle où se réunit la commission de la Défense. D’où le recadrage de Jean-Jacques Bridey, le président de cette dernière, à l’occasion de l’occasion de l’audition du général Jean-Pierre Bosser, le chef d’état-major de l’armée de Terre.

En général, une audition d’un chef d’état-major où d’un directeur de service se fait à huis-clos. Ce qui veut dire que le compte-rendu qui en est fait n’est pas totalement complet : la personnalité entendue peut demander que ses propos ne soient pas intégralement retranscrits pour des raisons touchant souvent à la confidentialité de certaines informations. C’est ce qu’a rappelé M. Bridey à ses troupes.

« L’une des premières règles que nous nous sommes fixées est que lorsque nous recevons Mme la ministre ou MM. les chefs d’état-major, leur audition se fait à huis clos », a rappelé le député du Val-de-Marne.

« ‘Huis clos’, cela ne veut pas dire ‘secret’. Cela veut dire que lorsque la personnalité qu’on auditionne souhaite que certains de ses propos ne figurent pas au compte rendu, les propos en question restent à ‘huis clos’. Il n’est alors nullement question que, d’une manière ou d’une autre, de tels propos se retrouvent dans la presse, dans les médias, sur Tweeter ou les réseaux sociaux », a continué M. Bridey.

« C’était la règle de l’audition qui s’est tenue la semaine dernière, mercredi matin. Cette règle n’a pas été respectée, et vous avez pu constater les dégâts collatéraux dus à cette fuite, dégâts collatéraux dont on ne mesure pas encore les conséquences ce matin », a-t-il ajouté, en faisant référence à l’audition du général de Villiers et à sa démission.

Faute de quoi, a encore fait valoir M. Bridey, « les relations de confiance que nous avons établies avec nos interlocuteurs n’existeront plus, et ceux-ci s’en tiendront à un discours tout à fait banal. Ce serait dommage pour la qualité des échanges et des informations qui peuvent passer entre nous. » Et d’en appeler au « sens de la responsabilité, voire de la discipline » des députés de la commission, avant de souhaiter que les propos des personnalités auditionnées « n’apparaissent nulle part, ni sur les réseaux sociaux, ni dans vos proses ni dans la presse » si elles en font la demande.

En tout cas, celui (ou celle) qui s’est épanché auprès de la presse après l’audition du général de Villiers, en a encore pris pour son grade quand la députée Frédérique Lardet a pris la parole pour interroger le général Bosser.

« Je ferai tout d’abord un commentaire concernant la malheureuse démission du général de Villiers. Nous avons tous présenté nos excuses mais ce n’est pas suffisant. J’adresse ainsi un message au connard qui n’a pas respecté la règle et qui ferait mieux d’aller traîner ses guêtres dans une autre commission », a lancé l’élue. « J’assisterai samedi prochain au triomphe des écoles de Saint-Cyr à Coëtquidan et je ne serai hélas pas très fière de représenter cette commission; j’aurai même du mal à regarder mon fils dans les yeux », a-t-elle insisté.

Quoi qu’il en soit, ceux qui ont invoqué les mânes des généraux putshistes d’avril 1961, à Alger, pour commenter la démission du général de Villiers (Yvan Levaï sur RTL, l’historien Jean Garrigues dans les colonnes de Challenges, Hervé Gattegno sur Europe1) ont vraiment été à côté de la plaque (et devraient considérer les questions militaires avec le sérieux qu’il convient avant de parler).

Ainsi, plusieurs députés de la commission ont été quasiment unanimes pour louer les qualités du général de Villiers. Á commencer par leur président.

« Je voulais ici rendre hommage et remercier Pierre de Villiers avec qui nous avons toujours eu – du moins tous les anciens parlementaires – des contacts francs et directs. Il ne cachait pas sa passion des armées, son engagement total au service de notre pays. Le général Pierre de Villiers était un très grand soldat et un très grand chef d’état-major », a déclaré M. Bridey, avant de regretter sa démission.

Le général de Villiers « a été un excellent chef d’état-major des armées. […] Nous perdons un des plus grands militaires », a réagi Joaquim Pueyo, du groupe « Nouvelle Gauche » (PS). Le communiste André Chassaigne a également rendu hommage à l’ancien CEMA, en le citant. « Méfiez-vous de la confiance aveugle ; qu’on vous l’accorde ou que vous l’accordiez. Elle est marquée du sceau de la facilité », a-t-il dit.

« Un grand soldat et un grand chef des armées », a encore souligné Fabien Gouttefarde (LREM). « Un homme de courage et de valeur », a renchéri Olivier Faure (Nouvelle Gauche). « Tous les Français sont très fiers de la manière dont il a conduit nos armées en tant que CEMA », a ajouté Christian Jacob, le chef de file des Républicains.

« Le général de Villiers n’a fait que son travail, son devoir. Et, j’y insiste, il y a unanimité », a souligné Alexis Corbière (France Insoumise), qui a demandé à ce que la commission puisse le « remercier publiquement » au vu du « caractère unanime de l’hommage » qui lui a été rendu.

Unanime? Pas tout à fait. Du moins pas pour le député Jean-Michel Jacques (LREM), un ancien infirmier de la Marine nationale. « Non, ce n’est pas le cas, je suis désolé », a-t-il dit.

 

Laurent LAGNEAU

 

Source : Opex360

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