Interviews du Contre-amiral Frédéric RENAUDEAU et du Capitaine de vaisseau Olivier DUFIT : "Défense -Sécurité: Une approche globale".

Posté le lundi 27 février 2017
Interviews du Contre-amiral Frédéric RENAUDEAU et du Capitaine de vaisseau Olivier DUFIT  :  "Défense -Sécurité: Une approche globale".

 

 

 

Créée à l’été 2014, la Direction de la protection des installations, moyens et activités de la Défense (DPID) est la tête de chaîne de la fonction Défense - Sécurité du ministère. Entretien avec son directeur, le contre-amiral Frédéric Renaudeau.

 

 

 

COLS BLEUS : Amiral, quels sont les périmètres d’action de la DPID ?

CA Frédéric Renaudeau : Directement rattachée au ministre de la Défense, la Direction de la protection des installations, moyens et activités de la Défense (DPID) est la direction fonctionnelle du ministère, tête de chaîne de la fonction Défense - Sécurité. Cette fonction couvre la protection physique, la cybersécurité, la protection du secret, ainsi que la protection du potentiel scientifique et technique de la Nation (PPST) et la continuité d’activité.
Le champ d’actions de la DPID porte non seulement sur les sites, systèmes d’information et agents du ministère, mais aussi sur les industries de l’armement.
La décision de sa création par le ministre de la Défense remonte à l’été 2014. Face à la complexification et à l’intensification des menaces, il y avait un impérieux besoin de disposer d’une direction dédiée à la Défense - Sécurité, afin de coordonner l’action des structures du ministère devenues de plus en plus matricielles.
Pour résumer, la mission de la DPID consiste à élaborer la politique ministérielle de protection, à partir d’une analyse des menaces et vulnérabilités, et à en contrôler son application. Il est important de préciser que la DPID n’appartient pas à la « communauté du renseignement » mais en est l’un de ses « clients ». Notre principal interlocuteur est la DRSD (Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense), avec laquelle nous avons des relations fructueuses au quotidien.

 

CB : Existe-t-il une spécificité « Marine » ?

CA F. R. : Il existe effectivement une spécificité « Marine » qui réside à la fois dans la taille, la forte sensibilité et la complexité des sites maritimes. Les bases navales sont de véritables villes dans la ville avec de nombreuses activités à caractère industriel, des installations sensibles, certaines nucléaires, et des flux très importants d’entrées et sorties quotidiennes. Ainsi, en termes de protection, une base navale doit être capable de faire face à toutes les formes de menaces, dans tous les domaines : aériens, terrestres, nautiques, sub­aquatiques et bien sûr cyber. Si l’on sait protéger une base navale ou une zone portuaire, on sait protéger n’importe quel site !
Pour cela, nous travaillons en relation étroite avec la Marine nationale qui est un opérateur d’importance vitale, et les industriels de la sécurité afin de mettre en place des systèmes capables de fusionner et d’interpréter l’ensemble des informations de contrôle d’accès, de
détection, physiques et logiques, au sein d’un seul et unique centre. Une protection trop fragmentée est source de failles possibles.

 

CB : Quid de la dissuasion ?

CA F. R. : La protection de la dissuasion est une priorité clairement affichée de la DPID, notamment au titre des responsabilités particulières du ministre de la Défense en matière de contrôle gouvernemental de l’intégrité des moyens de la dissuasion.
Avec ces bases navales nucléaires, ainsi que ces centres de transmissions et de commandement, la Marine est un acteur central de cette fonction stratégique, dont l’efficacité repose notamment sur sa crédibilité.

 

CB : À quelles menaces avons-nous à faire face aujourd’hui ?

CA F. R. : Il existe six grands types de menaces : menace terroriste djihadiste « haut du spectre » (actions de type commando contre des sites sensibles), « bas du spectre » (contre des installations plus ouvertes sur l’extérieur), malveillance interne, espionnage – en particulier dans le cadre des affrontements entre puissances –, menaces liées aux drones et attaques cyber. Ces menaces se sont intensifiées et diversifiées et peuvent aussi aujourd’hui se conjuguer. Les attaques terroristes ou malveillantes ne visent plus seulement nos points et systèmes d’information d’importance vitale, mais également des cibles « molles ». La démarche de protection s’inscrit donc dans une approche globale couvrant l’intégralité du spectre des vulnérabilités, allant de l’analyse de la menace à la mise en place effective de moyens de protection.
Cette démarche globale de sécurité passe par une coordination de l’ensemble des armées, directions et services, dont la Marine constitue l’un des piliers essentiels.



Interview du Contre-amiral Frédéric RENAUDEAU,
Directeur de la protection des installations, moyens et activités de la Défense (DPID).

 


 

« Constamment s’adapter, c’est la clé »

 

À quels enjeux devez-vous répondre au quotidien ?

La Marine, acteur de la dissuasion avec des sites très sensibles, possède également des sites dits « isolés », comme les sémaphores ou les Cirfa (Centres d’information et de recrutement des forces armées), mais aussi des grandes implantations comme nos bases navales. Des chiffres sont parlants : la base navale de Toulon, ce sont près de 25 000 entrées par jour ! En termes de sécurité et de protection, cela suppose de maîtriser des flux de natures différentes : du personnel de toutes origines (interne ou externe au ministère), des matériaux ou encore des équipements. Cela nous oblige à nous adapter pour faire face à toutes les configurations.

Qu’en est-il de la responsabilité individuelle ?

C’est également important. N’oublions pas qu’en utilisant les réseaux sociaux par exemple, un marin peut offrir des informations pouvant à la fois mettre en péril nos missions, nos activités et sa famille. Nous avons ainsi mené une campagne d’information à ce sujet que nous poursuivons pour sensibiliser les marins aux comportements à adopter sur les réseaux sociaux.

Pour résumer, quels sont vos grands défis à relever ?

Il nous faut adapter la posture à nos installations sur le court comme sur le moyen et le long termes. Des ajustements financiers sont également nécessaires, avec toutes les difficultés que l’on connaît pour dégager des ressources, et ce malgré tous les efforts financiers consentis par le ministère dans ce domaine. Tout est finalement affaire de mesure et de pondération pour obtenir et garantir un système performant dans le temps.

 

Interview du Capitaine de vaisseau Olivier DUFIT,
Chef du bureau protection-sécurité à l’état-major de la Marine
Propos recueillis par Stéphane Dugast

 

Source : Marine nationale (Cols Bleus)

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