Analyses

 

Renseignement

Mis à jour le 16 février 2015
Renseignement
 

La recherche, l'exploitation et la diffusion du renseignement sont depuis toujours une préoccupation des chefs militaires.
Ces préoccupations sont maintenant omniprésentes dans le monde économique notamment dans les grands groupes industriels et dans les entreprises de très haute technologie.

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  • Paul JAUMOTTE

    Paul JAUMOTTE

    19 décembre 2014 à 10:48 |
    Le « repérage »
    Le repérage est la mission de l'artillerie qui consiste à reconnaître et localiser précisément les batteries adverses pour les neutraliser grâce à notre propre artillerie. Le repérage est né en 1915 pendant la Grande Guerre. Il existe dans l’artillerie française depuis cette époque et aura donc cent ans en 2015. Nous nous devons de fêter le centenaire de cette institution dans son ensemble au sein de ce qu’englobe aujourd’hui l’artillerie de renseignement.
    Si on regarde ce qui s'est passé il y a cinquante ans, pour le cinquantième anniversaire du repérage, on est surpris par l'importance de la cérémonie et l'ampleur de la commémoration qui a alors eu lieu. En effet, les festivités rassemblaient plus de mille personnes, militaires d’active et surtout de réserve et des civils, dont plusieurs représentants du peuple et officiers généraux, et étaient présidées par le Ministre de la Défense d'alors Pierre Messmer.
    Les nombreuses batteries de repérage crées à l’origine en 1915, étaient encore expérimentales à la fin de la première guerre mondiale, elles étaient servies par des réservistes mobilisés, dont certains responsables étaient des scientifiques confirmés. Le repérage donnait alors à l'artillerie française une supériorité inégalée dans la bataille.
    Entre les deux guerres, le repérage s’est installé à Saint Cloud et est devenu le 6° GAA (Groupe Autonome d’Artillerie) Il a formé un nombre important de recrues aux techniques du Repérage, de sorte qu’à la mobilisation de 1939, 24 batteries de repérage autonomes furent mobilisées.
    A la fin des hostilités, les « repéreurs » réservistes se sont regroupés en amicales d’officiers, de sous-officiers et de batterie. Ils participaient tous à des périodes d’entrainement pour conserver leur savoir faire et se tenir au courant de l’utilisation des nouveaux matériels.
    Aujourd’hui, le repérage existe depuis cent ans et la question se pose de savoir comment il a évolué. Peut-on fêter le centenaire du repérage de façon digne ? Possède-t-il assez d'unités représentatives ? Les matériels qui seraient présentés sont-ils techniquement intéressants, opérationnels, performants ?
    Je vais essayer de répondre à ces questions dans ce qui suit.
    Les moyens de repérage ont-ils moins d'importance ou sont-ils moins efficaces ? Bien au contraire, ils sont de plus en plus performants, rapides à mettre en œuvre et demandent beaucoup moins de servants que les anciens systèmes.
    Malheureusement, les unités qui les mettent en œuvre sont beaucoup moins nombreuses, assez méconnues avec des servants qui n’ont plus besoin d’être aussi diplômés que jadis. Cependant, bien que pas assez souvent engagées, ces unités de repérage ont toujours donné, quand elles le sont, des résultats remarquables qui devraient encourager l'état-major à les utiliser d'avantage.
    1 - Les moyens de repérage d'aujourd'hui sont plus efficaces que ceux de jadis En effet, ces nouveaux moyens ont des performances bien supérieures à ceux du début du repérage et même à ceux existant lors du cinquantenaire de celui-ci :
    • Les drones du 61° RA permettent de repérer, reconnaître, identifier et localiser, de jour comme de nuit, les batteries adverses, dans la profondeur du champ de bataille, jusqu'à plus de cent kilomètres des contacts, qu'elles tirent ou non, qu'elles fassent mouvement ou non, qu'elles soient engagées ou non.
    • Les radars de contre-batterie du 1°RA détectent les trajectoires des obus adverses et transmettent les coordonnées des positions des batteries qui viennent de tirer (et ce, avant que les obus, dont les trajectoires ont été interceptées, n'aient atteint leurs cibles), permettant ainsi le tir de contre-batterie de notre artillerie.
    • Les DRAC (Drone de Renseignement Au Contact) des Batteries de Renseignement de Brigade (BRB) permettent le repérage et le renseignement vidéo au contact en s'affranchissant des masques du terrain, la précision des images interprétées permet le réglage des tirs d'artillerie ou le déclenchement de tirs planifiés.
    • Les RASIT (RAdar de Surveillance d'InTervalle) de ces mêmes Batteries détectent, jusqu'à une portée pratique d'une quinzaine de kilomètres, les mouvements de l'ennemi, de jour comme de nuit, localisent les mobiles détectés et peuvent permettre l'extrapolation de leur position future avec une précision suffisante pour les faire prendre à partie par des tirs planifiés de notre artillerie.

    2 - Ces nouveaux moyens sont malheureusement mal connus et donc peu employés, En effet :
    • Les drones rapides, comme le R20 (1964 – 1978), le CL 89 (1981 – 1995) ou le CL 289 (1992 – 2005, engagé en Bosnie, et au Kosovo), étaient programmés pour suivre une route donnée et prendre des photos qui devaient être développées au retour de mission. Le temps de préparation des vols et le temps de traitement des images ne permettaient pas l'exploitation rapide de celles-ci par l'artillerie classique. Le CL 289 a toutefois montré son efficacité par la possibilité d’être employé en mode réception d’images en temps réel quand le plafond et la météo défavorables ne permettaient pas l'engagement d'aéronefs pilotés.
    • Les premiers drones lents, comme le MART (Mini Avion de Reconnaissance Télécommandé, 1984 – 1992, engagé lors de l’opération Daguet) et le CRECERELLE (1993 – 2005, engagé au Kosovo), bien que travaillant en vidéo analogique puis numérique, ne disposaient pas des moyens de traitement temps réel permettant le traitement des images et la localisation précise des objectifs mobiles dans des temps compatibles avec l'efficacité de tirs d'emblée de l'artillerie. Ils ont toutefois montré leur intérêt dans le domaine du renseignement et permis la prise à parti d'objectifs fixes.
    • Seuls les drones du système SDTI (Système de Drones Tactique Intérimaire, 2005 – à ce jour) possèdent les qualités nécessaires et indispensables permettant d'effectuer la neutralisation en temps réel des objectifs par l'artillerie (ou par d'autres moyens de feux). Malheureusement, même s’ils ont prouvé leur efficacité en Afghanistan, ils ne sont pas encore assez engagés. Dans ce cadre ils restent souvent cantonnés au renseignement de manœuvre.
    • Les COBRA (radar de contre-batterie, 1995 – à ce jour) du 1°RA successeurs des radars américains de contre-batterie de la dernière guerre mondiale (Q4, Q10), ou du CYMBELINE anglais plus récent, ont une automatisation des calculs et donc un temps de réponse inégalé. Ils ont été engagés un Liban et au Kosovo où ils ont permis la localisation des batteries adverses, mais uniquement dans le cadre du renseignement. L'association des COBRA et des LRU (lance roquettes unitaire) devrait se révéler très efficace (boucle très courte) dans le cadre d'un engagement de haut niveau.
    • Les DRAC (Drone de Reconnaissance Au Contact, 2000 – à ce jour) et les RASIT (Radar de Surveillance d’InTerval, 1984 – à ce jour) ont montré leur efficacité pendant l'opération SERVAL où leurs actions ont été prépondérantes pour le traitement des objectifs et le renseignement.

    3 - Ces moyens modernes sont malheureusement peu nombreux et encore mal connus mais modulables:
    • en effet, les unités de repérage d'aujourd'hui sont moins nombreuses et surtout nécessitent moins de personnels pour leur mise en œuvre, que les unités de jadis : quatre batteries de SDTI, deux de COBRA, huit de renseignement de brigade, soit treize au total, alors qu'il existait vingt-quatre batteries de repérage lors du début de la deuxième guerre mondiale, soit onze de plus. On pourrait donc croire que le repérage d’aujourd’hui est moins bien loti, il n'en est rien, les matériels sont parmi les plus performants, que ce soit les SDTI, les DRAC, les RASIT, les COBRA ou autre radars GA10 qui détectent et localisent à 360° les départs de tirs de missiles jusqu’à dix kilomètres, ou encore les SL2A (Système de Localisation de l’Artillerie par Acoustique),
    • on peut moduler leur emploi au sein de groupements tactiques de tous niveaux en fonction d’une situation donnée. Il n'est pas nécessaire de disposer de plusieurs équipes pour obtenir un résultat comme dans le cas du repérage au son ou aux lueurs d’antan qui imposait de disposer d'au moins trois équipes d'observation et d'un PC calculateur pour être efficace.

    4 - Enfin, ces moyens sont opérationnels tout le temps et ne nécessite pas de mobilisation du personnel :
    • les cadres de ces unités modernes ne doivent pas être diplômés d'une grande école pour servir un matériel sans cesse en évolution mais travaillent sur un matériel stabilisé complètement opérationnel,
    • le personnel doit être formé initialement, et surtout entraîné sans discontinuer à l'emploi et à la mise en œuvre de ces matériels,
    • plus ces unités seront engagées sur le terrain, plus leurs résultats seront sûrs et décisifs. D’ailleurs, chaque fois qu'elles ont été engagées, elles ont montré une efficacité remarquable qui devrait amener à les engager d'avantage.


    Il ressort de ce qui précède que :
    - le repérage est toujours une composante importante de l'artillerie moderne à l’approche de ses cent années d’existence.
    1. Il s'exerce dans la profondeur du champ de bataille grâce à deux composantes, les drones et les radars ;
    • le 61°RA est le seul régiment d'artillerie dont la mission des drones est le repérage et le renseignement,
    • le 1°RA est le seul régiment d'artillerie dont la mission comprend le repérage radar de l'artillerie adverse grâce à ses deux batteries COBRA.

    2. Enfin, il s'exerce au contact avec les huit Batteries de Renseignement de Brigade (pour emploi au niveau brigade interarmes mais unités des régiments d'artillerie :1°RA, 1°RAMA, 3°RAMA, 11°RAMA, 35°RAP , 40°RA, 68°RAA, 93°RAM) qui sont les dignes héritières des batteries de repérage au contact de 1914 - 1918.

    Quelle évolution peut-on imaginer pour le repérage ?
    Le repérage est toujours une mission essentielle de l'artillerie moderne qui seule lui permet d'assurer sa supériorité sur le champ de bataille. Le repérage moderne est de loin le meilleur et le plus efficace que l'histoire nous ait donné d'avoir jusqu'à maintenant.
    Aujourd’hui, cependant, pour ce qui concerne la célébration du centenaire du repérage dans l’armée de terre, des incertitudes énormes pèsent sur l’existence même de cette capacité essentielle. En effet :
    1. soit la célébration est une réussite, par la participation d’unités nombreuses, deux régiments complémentaires pour le repérage dans la profondeur et plusieurs batteries de repérage au contact permettant l’acquisition d’objectifs (au-delà du masque) et équipées de matériels modernes et efficaces qui seraient alors exposés ; dans ce cas, l’existence même de ces unités serait alors confortée car elle démontrerait à tous que cette mission incontournable, indispensable à la fourniture des objectifs, et donc vitale pour l’existence même notre artillerie, est toujours et doit rester d’actualité,

    2. soit la célébration ne permet que la mise en exergue de l’impuissance de notre système de repérage (et par conséquent de notre système d’artillerie à l’exception des LRU), car d’importantes questions se posent quant à l’avenir de cette capacité essentielle de l’artillerie, en effet :
    a. le régiment de drone pourrait voir sa mission redéfinie, dégagé de l’artillerie et intégré dans l’aviation ou l’ALAT ; sa mission de renseignement serait revue au niveau supérieur faisant abstraction de l’acquisition dans la profondeur pour l’artillerie, ce du fait de la divergence des besoins en renseignement entre ces niveaux d’emploi et de l’allongement rédhibitoire des boucles courtes ne permettant plus le temps réel ; on se demanderait alors à quoi servirait une artillerie qui ne pourrait intervenir, faute d’acquisition d’objectif ou de possibilité de réglage des tirs, au-delà du contact,
    b. le régiment de radar de contre batterie qui se suffit à lui-même (et n’a besoin d’aucun autre moyen de renseignement ou de feu) demeurerait pour le traitement des seuls objectifs repérés par leur tir et serait le seul à intervenir dans la profondeur,
    c. le système des batteries au contact permettant le repérage au-delà du masque, dont on évoque actuellement la remise en cause, deviendrait inexistant ou parcellaire, étranger au système « Artillerie », et ne bénéficiant donc plus des boucles courtes indispensables à l’efficacité du système de feu sol-sol ; l’artillerie ne pourrait alors plus compter que sur ses propres observateurs au sol comme cela était avant la première guerre mondiale.
    Bien sur, ce n’est pas la fédération du repérage et de l’artillerie de renseignement qui choisira entre ces deux possibilités, le choix nous sera imposé par les évolutions politico-budgétaires actuellement en cours ou à l’étude.
    Triste perspective pour le repérage mais également pour l’artillerie auquel il est indispensable, ces deux entités auront du mal à s’en remettre, mais triste perspective également pour l’ensemble de l’armée de terre qui ne pourra plus espérer s’engager seule avec ses appuis feu sur des théâtres exclusivement terrestres et donc triste perspective pour l’armée française en général qui verra se compliquer ses possibilités d’intervention et également diminuer ses capacités « feux dans la profondeur ».

    Général (2S) Paul Jaumotte, président de la FNRAR
    « Fédération Nationale du Repérage et de l’Artillerie de Renseignement »

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