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OFFICIEL : Extrait de l'audition du Général Pierre de Villiers, Chef d'état-major des Armées.

Posté le jeudi 09 mars 2017
OFFICIEL : Extrait de l'audition du Général Pierre de Villiers, Chef d'état-major des Armées.

 

 

Dans l’émission C dans l’air du 7 mars au soir monsieur Merchet a affirmé que la France renforçait son effort de Défense.
En fait comme le rappelle très précisément et très clairement le chef d’état-major des Armées devant la commission de la Défense, le budget 2017 est stabilisé à 1,78% du PIB (pensions incluses), soit 1,5% du PIB, niveau le plus bas jamais atteint.

Compte tenu de la situation actuelle qui n’est pas tenable dans la durée, il est donc indispensable et urgent de relever le niveau des dépenses de Défense à partir de 2018 faute de quoi nous allons à la catastrophe.
Nous sommes donc loin des propos optimistes de monsieur Merchet. Nous sommes seulement au point le plus bas des dépenses de Défense qu’il faut relever rapidement

Henri Pinard Legry
Président ASAF

 

 

 

 

 

 

Extrait d’audition du chef d’état-major des Armées
devant la commission de la Défense nationale le 8 février 2017

 

 

(…)

Le constat dressé sur la situation sécuritaire, sur l’environnement stratégique militaire, sur le dépassement des contrats opérationnels et sur certaines faiblesses capacitaires est aujourd’hui communément admis. En réponse, un effort s’impose, dont il faut préciser d’ailleurs qu’il ne se limite pas au seul aspect budgétaire.

Pour aborder cette question en évitant le double piège du catastrophisme et de l’angélisme, je vous propose de répondre aux trois interrogations suivantes :

Pourquoi l’effort de défense ? C’est ce que j’appelle l’exposé des motifs.
Comment ? C’est la méthode.
Que se passerait-il si ? Ce qu’on peut appeler le coût du renoncement ; car, ne nous y trompons pas, tout renoncement aura un coût.

Quel est notre objectif ? Avant toute autre considération, je veux redire – tout en sachant que vous en êtes convaincus – que ce sont bien les opérations qui sont la raison d’être de nos armées. Elles fondent notre légitimité et assurent notre crédibilité.

Après 2016, où l’engagement et l’efficacité de nos armées ont été unanimement salués, nous abordons 2017 avec la même volonté ferme d’être au rendez-vous de nos multiples missions. Mais nous devons aussi, en parallèle, continuer à préparer l’avenir, les succès de demain, avec le souci permanent de donner à ceux qui nous défendent et nous protègent les moyens nécessaires pour assurer leur mission. Toute autre option serait indécente, au sens premier du terme – je pèse mes mots –, à l’égard de ceux qui ont accepté l’éventualité de mourir pour la protection de nos concitoyens.

Au-delà de cette obligation morale, il nous faut, je l’ai dit, préserver l’indispensable cohérence entre les menaces, les missions et les moyens, sous peine de nous retrouver avec des armées qui ne soient plus à même de remplir les missions qui leur sont confiées. Cela a toujours été, avec Jean-Yves Le Drian, notre souci principal. Cette détermination s’est traduite par la stabilisation du budget de la défense à 1,78 % du PIB. Il faut poursuivre cette dynamique, qui doit nous amener à 2 % du PIB. Mais il faut le faire plus rapidement que prévu, avant la fin du prochain quinquennat.

J’identifie trois impératifs et trois points de vigilance pour justifier cette accélération du tempo.

Le premier impératif, c’est de « boucher les trous », c’est-à-dire de récupérer des capacités auxquelles il avait fallu renoncer temporairement, pour des raisons budgétaires, à un moment où le contexte sécuritaire et le niveau d’engagement étaient différents et où les capacités n’étaient pas à ce point menacées par le phénomène d’usure. Je pourrais vous tenir un discours beaucoup plus facile, mais j’ai choisi de vous dire les choses telles qu’elles sont.

« Boucher les trous », c’est aussi redonner à nos soldats les conditions de soutien et de vie en cohérence avec les efforts demandés, que ce soit au plan logistique, de l’infrastructure ou des équipements individuels – et ce dès 2018. Vous avez écrit ces dernières années de nombreux rapports qui y appelaient ; je saurai les utiliser.

Les axes d’effort sont nombreux. Je voudrais les illustrer par quelques exemples, pris dans trois grands domaines.

Je commence par les équipements. Les besoins sont multiples et vont croissant. Je pense aux drones, aux avions ISR (intelligence, surveillance, reconnaissance), aux ravitailleurs – avions et bâtiments –, à la flotte de transport ou aux hélicoptères. Pour l’ensemble de ces capacités, nous sommes au bord de la rupture. Parfois, en tant que chef des opérations, je renonce à certaines cibles par incapacité, c’est-à-dire par insuffisance de capacités.

Actuellement, plus de 60 % des véhicules de l’armée de terre engagés en opérations ne sont pas protégés. On ne peut pas continuer comme cela. De même, la disponibilité de nos avions ravitailleurs conditionne notre aptitude à tenir la posture de dissuasion nucléaire, comme à projeter nos forces et à soutenir nos opérations aériennes ; or, ils ont en moyenne plus de cinquante ans d’âge. La marine, quant à elle, voit le nombre de ses patrouilleurs outre-mer s’effondrer : d’ici 2020, hors Guyane, six sur huit auront été désarmés, et ne seront remplacés que plusieurs années plus tard. Et, au-delà de 2020, d’autres réductions temporaires de capacités apparaîtront, comme les hélicoptères légers embarqués, dont le remplacement est prévu en 2028 seulement, les missiles air-air ou les camions lourds.

L’effort en matière d’équipements passe évidemment aussi par le nécessaire accroissement des crédits d’études et de développement : au moins 300 millions d’euros de plus par an. Sans cela, nous ne serons pas compétitifs, et nous ne serons pas au rendez-vous des évolutions technologiques.

Le deuxième domaine où l’effort est indispensable, ce sont les ressources humaines. Entre 2008 et 2014, ce sont 50 000 postes qui ont été supprimés, notamment au titre de la révision générale des politiques publiques (RGPP). L’actualisation de la loi de programmation militaire n’a pas suffi à restaurer la résilience de certains domaines, qui restent sous le seuil critique. Quelques exemples concrets : 20 % des pilotes de l’aviation légère de l’armée de terre (ALAT) ne sont pas aptes « mission de guerre », faute d’heures de vol ; 40 % des sites de l’armée de l’air sont dépourvus d’escadron de protection. La population des fusiliers marins est sous extrême tension. Au total, j’estime que les armées, directions et services ont besoin d’environ 2 500 hommes supplémentaires par an d’ici à la fin du prochain quinquennat, dont une part importante pour renforcer le domaine du soutien qui se trouve, désormais, en butée.

Le troisième domaine : l’infrastructure. Le déficit récurrent en ressources budgétaires a entraîné une dégradation globale du parc immobilier, une protection insuffisante des installations et le report de nombreuses mises aux normes autres qu’opérationnelles. Je vais vous donner un exemple qui touche directement la vie quotidienne des militaires. Si aucun chantier n’était entrepris, 79 centres de restauration sur 350 devraient fermer pour cause de non-conformité dans les trois ans qui viennent… En tenant compte des limitations en termes de capacités d’engagement du service d’infrastructure de la défense, le besoin budgétaire supplémentaire sur le poste infrastructure peut être estimé à 120 millions d’euros en 2018, 300 millions en 2019, et 500 millions en 2020.

Deuxième impératif, après avoir bouché les trous : aligner les contrats opérationnels tout simplement sur la réalité des moyens que nous engageons en opérations, aujourd’hui, considérant, je vous l’ai dit, que le niveau de menace ne diminuera pas dans les années qui viennent.

La réalité est que nos engagements actuels dépassent d’environ 25 % à 30 % les contrats détaillés dans le Livre blanc. Aujourd’hui, nous avons plus d’une vingtaine d’avions de chasse répartis sur différents théâtres ; le contrat en prévoyait une douzaine en permanence. Nous avons quatre à cinq déploiements maritimes en simultané ; le Livre blanc en prévoyait deux maximum. Nous avons 7 000 hommes déployés, en permanence, sur le territoire national au titre de Sentinelle, alors que seul un prélèvement ponctuel sur les forces d’intervention avait été envisagé.

C’est la raison pour laquelle, à titre d’exemple et sans souci d’exhaustivité là encore, il convient d’accélérer la modernisation de nos équipements de combat dans le cadre du programme Scorpion, pour la force opérationnelle terrestre ; il est également nécessaire d’accélérer l’arrivée des patrouilleurs BATSIMAR (Bâtiments de surveillance et d’intervention unique) et des ravitailleurs Flotlog (Flotte logistique), pour la marine. Pour que nos pilotes volent suffisamment, il est indispensable de renforcer la composante « aviation de chasse » de l’armée de l’air.

Le rehaussement des contrats opérationnels induit aussi mécaniquement une remise à niveau de la préparation opérationnelle, très fortement touchée. Les centres d’entraînement de l’armée de terre, le CENTAC (Centre d’entraînement au combat) et le CEPC (Centre d’entraînement des postes de commandement), qui faisaient le plein avant 2015, ont désormais un taux d’occupation de 50 %. Pour la marine, le nombre de jours de préparation opérationnelle des bâtiments de surface a chuté de 25 %. Enfin, moins de 60 % des équipages de transport tactique de l’armée de l’air sont qualifiés à l’atterrissage sur terrain sommaire – mode d’action pourtant essentiel en premier mandat. Il y a désormais urgence à rétablir la cohérence entre engagement et préparation opérationnelle.

J’ajoute enfin que l’alignement des contrats opérationnels sur la réalité de ce que nous faisons devrait permettre une plus grande sincérité du budget. Celle-ci passe par une hausse du budget des OPEX, au moins à hauteur d’un milliard d’euros en 2017 – à comparer avec les 450 millions actuels. Je regrette que nous soyons aujourd’hui structurellement financés par les autres ministères. Il faut également prévoir une hausse des subventions OTAN – nous allons passer de 120 millions d’euros en 2016 à 230 millions en 2020 et la consolidation de la montée en puissance du domaine cyber.

Après avoir « bouché les trous » et aligné les contrats opérationnels, troisième impératif : préserver l’indispensable crédibilité de la dissuasion nucléaire par le renouvellement de ses deux composantes, océanique et aéroportée. Pour être soutenable, l’effort doit être lissé sur les quinze prochaines années ; il en va du maintien de notre indépendance nationale, au moment du retour des États puissances.

(…)

 

Pour télécharger l'audition du CEMA, cliquez sur le PDF ci-dessous.
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Source : Assemblée Nationale

Commentaires (1)

  • Jean Bernard COMTE

    09 mars 2017 à 17:59 |
    Il faut envisager un effort financier colossal, rapide et prioritaire sur tout autres financements. La sécurité n'a pas de prix !!
    Je diffuse à mes contacts.

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