Analyses

1/6- La France et son armée entre les 2 guerres par le Colonel (ER) H ORTHOLAN, Docteur en Histoire


Dans le cadre de la commémoration du 70ème anniversaire du 2ème conflit mondial, l'ASAF mettra en ligne  sur son site entre avril et juin, une série d'articles d'environ une page, rappelant les éléments les plus importants de la dimension militaire de ce conflit.

Le premier article est consacré aux "conséquences de la première guerre mondiale sur les capacités et la stratégie française retenue

Les conséquences de la guerre de 1914-1918 sur la mentalité des Français,  les capacités de la France et la stratégie retenue.

De 1914 à 1918, la France a mobilisé 8,5 millions d'hommes : 1 370 000 sont morts, 4 950 000 ont été blessés. Si le traité de Versailles a imposé à l'Allemagne le retour de l'Alsace-Lorraine à la France, le paiement d'énormes réparations, et une armée limitée à 100 000 hommes, cela ne peut faire oublier cette hécatombe à laquelle il faut ajouter des centaines de milliers de mutilés, de veuves, d'orphelins....

De tous les belligérants, c'est la France qui a subi les pertes les plus lourdes et les destructions les plus considérables.

 

Une puissance économique et  militaire déclinante

La France dispose alors de l'armée la plus puissante et la plus moderne d'Europe. Elle occupe en 1918 la rive gauche du Rhin. Son rayonnement militaire est à son apogée, son influence s'exerce en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Roumanie, en Yougoslavie. Même le lointain Brésil se tourne vers elle.

Pourtant, elle ne dispose pas des moyens financiers, et bientôt militaires, pour mener une politique de force et contraindre l'Allemagne à payer les réparations. Après avoir dû évacuer la Ruhr, elle doit réduire le montant de ces réparations et l'étalement de leur paiement. Elle modifie alors sa politique étrangère et s'engage, à partir de l925, par le pacte de Locarno, dans une politique de rapprochement avec l'Allemagne.

Durant l'entre-deux-guerres, jamais la France n'a un Empire colonial aussi grand. Elle en tire prestige et puissance. L'exposition coloniale de 1931 marque un apogée en affirmant au monde entier le début de l'ère de la plus grande France.

Cette vision a pour but premier de faire connaître aux Français leur empire et l'action civilisatrice de la République. Elle veut démontrer en même temps l'intégration des cultures locales dans la culture française.

 

Une stratégie exclusivement défensive et incohérente

Toutefois, dans les années trente, le contexte évolue. La France ne peut plus être la garante des traités de paix. Outre la crise économique qui la touche plus tard qu'ailleurs mais plus durablement, le souvenir de la Grande Guerre conduit progressivement l'ensemble de la population à un pacifisme quasi-viscéral.

Cette attitude explique les choix militaires au nom du plus jamais ça. Dès 1919, le haut commandement songe à une nouvelle organisation défensive des frontières pour assurer l'intégrité du territoire, protéger les zones industrielles, faciliter la concentration des forces, et permettre la manœuvre dans le cadre d'un combat offensif ; ce dernier point sera perdu de vue.

Ce programme, arrêté en 1927 par Painlevé, ministre de la Guerre, prend le nom de celui qui fait voter la loi de financement en janvier 1930, André Maginot.

Les travaux (1930 - 1935), se traduisent par la réalisation, le long des frontières allemande et luxembourgeoise, d'une ligne fortifiée en béton armé équipée des armements les plus modernes. Mais, pour des raisons budgétaires elle n'est pas achevée, et pour des raisons diplomatiques elle n'est pas prolongée le long de la frontière belge, présentant ainsi une immense trouée allant des Ardennes à la mer du Nord.

Aussi, cette remarquable, et coûteuse, réalisation technique présente des faiblesses graves. Face à l'Italie, des ouvrages barrent les vallées principales des Alpes.

 

Un outil militaire inadapté

Quant à l'armée de campagne et à l'aviation, leur modernisation tarde. Le général Estienne, père des chars français, rédige, en 1919, un rapport sur l'emploi futur des chars et des avions qui ne reçoit aucune suite, tandis que le jeune colonel de Gaulle prêche dans le désert.

L'armée de 1914 constituait dès le temps de paix un corps de bataille rapidement disponible. Or, les classes creuses issues de la Grande Guerre, malgré un service de deux ans rétabli en 1935, un tardif, bien qu'incontestable, effort de réarmement entrepris à partir de 1936, une montée en puissance reposant sur la mobilisation générale, et la protection illusoire qu'assurerait la ligne Maginot font de l'armée de 1939 un outil peu en mesure de répondre à une menace immédiate. Seule la flotte a réussi sa modernisation mais n'est pas d'un grand secours face à la montée du péril hitlérien et au risque d'une nouvelle guerre européenne.

Aussi, la France espère l'éviter en laissant faire le rétablissement du service militaire en Allemagne et la réoccupation de la rive gauche du Rhin, en acceptant à Munich le démantèlement de la Tchécoslovaquie.

Quand en 1939, il n'est plus possible de reculer, la Nation et l'Armée sont aussi mal préparées l'une que l'autre à une guerre moderne.